Masques et Bébés

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Beaucoup de parents et de professionnels sont inquiets pour le développement des bébés si les adultes en crèche portent un masque. Ont-ils raison?

Quels sont les domaines du développement du jeune enfant qui pourraient être affectés par le port du masque ?

  1. L’identification des personnes : mais de nombreuses autres informations nous servent pour identifier nos parents, et amis : la voix, le mouvement (tout le monde ne bouge pas pareil), l’odeur (très importante pour les plus petits). Passé la première surprise ou la mauvaise identification initiale, les enfants devraient très vite identifier qui est qui.
  2. L’identification des émotions : les yeux sont importants dans les émotions, notamment la tristesse, la colère, le bonheur, mais la bouche est utile pour reconnaître le dégoût . Là encore, le visage n’est pas la seule source d’information et la parole, ou les expressions comme waouh, beurk, l’attitude du corps sont prises en compte par les enfants. La voix est un signe social très puissant pour guider l’enfant, plus efficace que le visage seul et aussi efficace seule et associée au visage

Un visage couvert fait percevoir le visage comme moins positif par les autres adultes, raison de plus pour sourire avec les yeux

Il est important que les enfants n’aient pas toujours une tétine dans la bouche pour pouvoir imiter les expressions de l’adulte qui interagit avec eux.

3. L’apprentissage du langage : Dans le bruit, quand les conditions d’écoute sont difficiles et quand les locuteurs parlent une autre langue, les adultes regardent la bouche pour s’aider. Les bébés regardent plus la bouche quand ils commencent à babiller (~8 mois à 12 mois) ou quand ils apprennent de nouveaux mots car l’information redondante les aide à mieux reconnaître les sons et les mots

Dans ces trois domaines, les informations sont redondantes.

La parole, les émotions, les autres sont perçus et interprétés à partir de multiples indices, venant de plusieurs modalités sensorielles et les bébés mal-voyants ne sont pas plus autistes, ou n’ont pas plus de troubles du langage que ceux qui voient les visages, ce qui relativise l’importance des informations visuelles. De plus, les nourrissons sont aussi avec leurs parents et les autres enfants qui ne portent pas de masques. La particularité des êtres humains et notamment des enfants est la souplesse cognitive et l’adaptation à de nombreux environnements. Il n’y a donc pas de raisons de craindre des troubles du développement dus au port du masque par les adultes.

Néanmoins, il y a des populations à risque pour lesquelles il faut être vigilant :

  1. Les enfants non francophones dans des crèches francophones : la bouche aide à comprendre chez les enfants comme chez les adultes
  2.  Les enfants mal entendants
  3. Les enfants à risque d’autisme ou de troubles du langage (risques familiaux, prématurité, etc..)

Tous ces enfants ont besoin d’informations compensatoires comme celles apportées par le mouvement de la bouche, pour aider le système auditif

Comment faire pour compenser l’effet masque, notamment pour ces enfants à risque ?

Il existe des masques transparents très utiles pour tous les mal-entendants qui utilisent la lecture labiale. Ils peuvent aussi être utilisés avec les jeunes enfants

Plus généralement :

  • Une stratégie importante pour tous les parents : attirer l’attention de votre enfant avant de commencer à parler. Dites son nom. Veillez à avoir un contact visuel. Si possible, mettez-vous à la hauteur de l’enfant. Évitez de parler depuis une autre pièce ou en faisant autre chose
  • Evitez le bruit, arrêtez la radio et la télévision lorsque vous parlez, jouez avec votre enfant
  • Parlez lentement, en articulant et en exagérant les expressions faciales (sourcils !)
  • Il y a beaucoup de façons de communiquer : le rythme, le balancement, le chant,  les signes de la main. Tout ceci marche même chez le jeune bébé qui est très sensible à la coïncidence des événements et à la réponse de l’autre à son action personnelle
  • Expliquez ce que vous faites
  • Utilisez les livres, les autres enfants, les miroirs pour expliquer les émotions (fais moi le clown triste, fais moi le clown joyeux, etc…, regarde Zoé qui rit, qui chante, qui est triste, etc..), les sons, etc…
  • Faire la lecture et théâtraliser la lecture. Un bébé n’est jamais trop jeune pour qu’on lui lise des livres. L’image, le pointage aident à construire le sens des mots (émotions, objets, sens des verbes, etc..). Vous pouvez dévier du texte du livre. Montrez des images et parlez des formes, des couleurs, des actions des personnages. Demandez à votre enfant de prédire ce qui pourrait arriver ensuite.
  • Si votre enfant répond, entamez un dialogue. Reprenez ce qu’il dit et suivant son âge, complétez, imitez, interrogez. S’il est petit, donnez-lui le temps de vous imiter. Vous voulez créer un va-et-vient, même avec les plus jeunes des enfants qui font leurs premiers sons
  • Ne vous découragez pas si votre bébé ne semble pas intéressé par la lecture de livres ou s’il demande à entendre toujours les mêmes histoires. Continuez à le faire.

Continuez à lui lire des livres même quand il sait lire.  En lisant ensemble et en parlant de ce que vous voyez et faites et de ce qui se passe dans la vie, votre enfant sera exposé à de nouveaux mots, de nouveaux types de phrases, etc..

Les effets de la lecture et des histoires racontées pendant la petite enfance sont encore mesurables à 15 ans dans l’enquête PISA 2012 (un écart de plus de 20 points dans les scores de compréhension entre les adolescents dont les parents leur lisaient des histoires ou non quand ils étaient petits !).

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